vendredi 25 février 2011

Désorienté



Désorienté

Maeva, meilleure de sa classe au baccalauréat littéraire. Tête de sa promotion en licence cinéma et audiovisuelle (17 de moyenne). Se rêvait grande réalisatrice. Elle finira monteuse au sein d'une boîte de films institutionnels pour un salaire net de 1500 euros et elle continuera à faire des films amateurs dans son jardin.
Lucien, bac scientifique, trois ans de licence d'histoire par passion. Problème : il ne veut pas finir professeur. Il deviendra ébéniste après une réorientation.
Rachid, bac scientifique également. Il entame un an en médecine : sans succès. Il réessaie : il rate à nouveau. Il entre alors en L1 Pharma : nouvel échec... En désespoir de cause il se réoriente en BTS bâtiment.
Jules, après trois ans en sciences de la matière, se rend compte de la réalité de son futur métier. Cloitré dans un laboratoire, il ne peut pas s'y résoudre et de toute manière, malgré le travail fourni, n'arrive pas à obtenir les notes voulues en master. Il deviendra CRS.
Laurine, un bac scientifique obtenu avec la mention très bien, a pour passion le journalisme. Après trois ans d'études, elle réussit à être embauchée en tant que JRI pour une chaîne locale. Salaire net : 1159 euros. Et encore quand le patron la paie en temps et en heures... Six ans plus tard elle y est encore faute d'un milieu bouché.
(Les noms ont été modifiés afin de conserver l'anonymat)

Le nombre de témoignages (que ce soit sur le web ou parmi mes proches) est croissant et plutôt hallucinant.
Les français ont été désorientés... en masse.
Pour que cela ne devienne pas la majorité, le conseiller d'orientation doit avoir beaucoup plus de poids au sein de son établissement. Dans le secondaire, le premier choix d'orientation se fait à la troisième. On envoie les meilleurs en lycée général et les moins bons dans les filières techniques. Bref les notes comptent. Les envies de l'élève ? Peu importe...
Un très bon élève de collège peut se rendre compte au bout d'une dizaine d'années que les métiers de réflexion, les métiers qui le cantonnent à un bureau, un ordinateur et une chaise ne lui conviennent nullement et ne l'épanouissent sur aucun point. Mais il est entré en lycée général, il a fait un bac ES ou S et y était donc destiné.

"Il n'avait qu'à réfléchir avant de s'orienter en lycée général puis en bac ES ou S !" me diront certains. Ne serait-ce pas oublier l'insouciance d'un enfant de 14-15 ans ? Ne serait-ce pas nier qu'une très grande partie des adolescents n'ont -au mieux- qu'une très vague idée du monde du travail ? Ne serait-ce pas négliger que le travail fourni par les élèves n'est pas toujours celui qu'il pourrait fournir réellement s'il le voulait ? Ne serait-ce pas omettre que ces jeunes savent, mais ne tiennent bien souvent pas compte, qu'ils devront travailler pendant 40 années de leur vie, et ce non pas par manque d'intelligence ou de volonté mais tout simplement de maturité ?

Le stage en entreprise institué en troisième doit premièrement devenir obligatoire. Mais ce n'est qu'un premier pas. Ce stage devrait également avoir lieu en classe de quatrième voir même être doublé au cours de l'année et ce dans différents secteurs/corps de métier.
Les entreprises et services publics ne peuvent qu'en être bénéficiaires (main d'œuvre gratuite, non qualifiée certes, mais gratuite, même si ces "petits stagiaires" doivent être surveillés vu leur jeune âge).

Mais le stage n'est pas la seule aide qui doit être apporté à ces futurs travailleurs en ce qui concerne leur orientation future.

Le conseiller d'orientation doit avoir beaucoup plus de poids au sein de son établissement. De deux à trois rendez-vous obligatoires devraient être institués en classes de troisième afin de rendre compte de la réalité. Parce qu'il y a théorie d'un métier et le pratiquer pendant quarante années et ue c'est là que réside la grande problématique d'un éventuel épanouissement dans son travail (si tenté que cette notion ait un sens). Il faut donc que les filières techniques ne soient plus autant dévalorisées et des questions doivent mieux apparaître."Sais-tu qu'en t'engageant en voie générale, tu es quasiment obligé de devoir faire des études supérieures (hormis exceptions) pour pouvoir obtenir un job vraiment rémunérateur ?" Et oui certains enfants peuvent l'oublier.
"Sais-tu qu'en t'engageant dans la voie de l'apprentissage, tu peux te risquer à un bas salaire en début de vie active ?" Idem.

"Ne penses-tu pas être prêt à travailler beaucoup plus tes cours et devoirs pour obtenir plus tard un métier plus rémunérateur ?"
Voici quelques exemples des questions à poser à l'élève pour qu'il prenne beaucoup plus au sérieux son orientation. A cet âge, la vie est pour beaucoup encore qu'un jeu et non pas un combat...

Ces rendez-vous devraient se multiplier en seconde et en terminale en ce qui concerne la voie générale. Pour l'orientation post-bac notamment. Je prends ici les exemples cités plus haut. A 17 ans, beaucoup de jeunes n'ont toujours pas la maturité nécessaire pour se rendre compte de la réalité du milieu dans lequel ils se précipitent parfois bille en tête.
En faisant une université ou école de cinéma, il n'y a que très peu de chances que tu gagnes plus de deux milles euros nets mensuels. La probabilité que tu arrives à vivre en réalisant tes propres films de fiction est très proche du zéro. La probabilité que tu finisses monteur ou régisseur et de plus intermittent sur des téléfilms de mauvaises qualités est beaucoup plus proche du un.
L'intermittence, quel beau rêve de rémunération !
Tu veux faire médecine car tu rêves de gagner des sommes proches de la dizaine de milliers d'euros. N'oublie pas que seuls 16%
¹ des candidats réussissent leur première année et qu'ouvrir son propre cabinet est un exercice dangereux notamment en région parisienne. Il faut faire ce métier plus par passion que par amour du gain.
Tu te vois grand magistrat ? Le taux de réussite au concours est d'environ 8 à 12%
² .

Alors oui, ce conseiller d'orientation jouera le rôle du grand méchant qui brisera peut-être les rêves des petits jeunes futurs titulaires du baccalauréat mais il sera la voix de la raison.
Ceux-ci qui décideront de faire telles ou telles études accepteront par avance de ne pas forcément réussir à atteindre leurs rêves mais de devoir peut-être se cantonner à des métiers moins rémunérateurs ou moins prestigieux. Ou alors ils affirmeront être satisfaits de ces dits-métiers. Alors là, l'élève partira sur le bon chemin.
Ce chemin mêlant rêve et réalisme.

Pour toutes ces raisons et bien d'autre encore, le gouvernement doit agir. Agir pour que ne se répètent pas ces années gâchées par des jeunes français (parfois deux à trois mois, parfois cinq ans, parfois toute une vie...).


(1) http://www.letudiant.fr/etudes/fac/medecine--reussir-pcem1/les-resultat-de-pcem1-fac-par-fac.html
(2) http://juris.canalblog.com/archives/professions_juridiques/index.html


Jey Are - 2011 - Chroniques d'un rêveur réaliste
Texte protégé par le régime du droit d'auteur français. Des poursuites peuvent être édictées après un plagiat.

Petite blessure d'un nomade parmi tant d'autres






Petite blessure d'un nomade parmi tant d'autres

C'était un nomade parmi tant d'autres. Comme tout nomade, il marchait sur un beau chemin de campagne. Cela faisait maintenant vingt ans qu'il avait commencé son voyage. Par chance - et contrairement à un certain nombre - il possédait de bonnes chaussures et de chauds vêtements pour le protéger des intempéries qui rythmaient son voyage. Il avait même un peu d'argent en poche, lui permettant ainsi d'éviter la faim et même de s'offrir quelques distractions sur sa route.
Ce qu'il aimait c'était marcher lentement, en sifflotant. Se pencher pour ramasser des fleurs ou observer les pierres. Hormis ça, il ne savait d'ailleurs pas faire énormément de choses. Et surtout sans s'en rendre compte il semblait qu'il demandait toujours l'appui de quelqu'un pour décider de la route à suivre lors d'un embranchement de son chemin.
Parfois lors de ce voyage, il arrivait également quelques marchands de morts l'accostaient. Comme il n'était pas très rechignant, il acceptait alors de leur acheter quelque marchandise pour ne pas trop les fâcher. D'autres fois c'étaient des malfrats. Il décidait alors de discuter et même s'amuser avec eux. "Ils ne sont pas si mauvais que ça au fond" se disait-il pour s'excuser.
Lorsqu'il faisait une pause sur le bord de la route, ce qu'il aimait par dessus tout faire c'était écrire. Il adorait ainsi jouer avec les mots et décrire le monde qui entourait sa petite route. Ceci le mena au bout de quelques années à marcher avec quelques amis saltimbanques. Tout comme lui, ils se souciaient peu de la vie et ils aimaient rire aux dépens de tout. Tout comme lui, ils avaient assez de monnaie et de chauds vêtements pour les protéger dans leur voyage. Tout comme lui ils ne pensaient pas aux quelques lépreux rencontrés ça et là et préféraient détourner le regard. Tout comme lui ils voulaient faire un voyage uniquement fait de jeu. Tout comme lui, leur devise aurait pu être la suivante : "Un peu de mort sous forme d'herbe n'est pas forcément à éviter. Dire quelques mots doux aux malfrats, c'est ne rien risquer". Au fur et à mesure des mois, notre nomade se mit à s'amuser de plus en plus avec ces saltimbanques et, ce faisant, oubliait de plus en plus le but de son voyage ainsi que l'écriture.
Durant ce voyage, il avait également rencontré plusieurs jolies femmes auxquelles il avait su succomber. De très belles filles qui était tombées sous son charme mais qui, bien souvent, avaient emprunté une autre route lors d'un croisement, laissant le voyageur bien amer et triste. Un matin, il fut très heureux de rencontrer une nouvelle demoiselle. Celle-ci était plutôt bien habillée et avait de bonnes chaussures. Pourtant, au lieu de les porter sur elles, elle préférait les garder dans son sac "au cas où, pour plus tard".
Notre nomade discuta beaucoup avec cette demoiselle. Ils tombèrent alors amoureux. Nuits et jours sur leur chemin désormais commun, ils faisaient l'amour puis philosophaient sur la vie. La demoiselle était très convaincue, elle n'était pas particulièrement fan des fleurs et des pierres ornant son chemin. Elle préférait marcher lentement mais avec fermeté et obstination vers son lieu d'arrivée. Notre voyageur, lui, ne comprenait pas, il croyait qu'elle évitait les petits plaisirs du voyage et essaya de la convaincre des bienfaits d'une marche hésitante et passive. Il ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi elle se privait des appuis que les autres voyageurs lui proposaient. Leurs discussions se transformèrent petit à petit en débats puis en disputes. Alors une nuit, n'y tenant plus, la demoiselle prit son courage à deux mains puis posa avec fermeté l'une de ces dernières sur la poitrine du nomade : signe qu'elle désirait continuer son chemin sans lui. Bien malgré elle, elle griffa le nomade en retirant sa main de sa poitrine. Sans s'en rendre compte, elle le quitte et emprunta un autre chemin.
Le voyageur, lui, ne comprit pas tout de suite ce qui lui arrivait. Il continua à marcher longtemps, seul. Puis soudain, comme si la blessure de la griffure avait pris du retard, une plaie s'ouvrit. Sous la violence de la douleur, notre voyageur s'effondra soudainement au sol. Le sang commença à couler à un débit de plus en plus rapide et épais. Le voyageur se mit alors à crier de douleur. Cette douleur était cuisante, assommante même. Et elle se mit à durer. Des heures, puis des jours. Des semaines même... Etrange car cette plaie était tellement mince, tellement peu profonde. Le nomade ne comprenait pas qu'il puisse en souffrir autant. De très nombreux autres voyageurs devaient surement avoir eu des plaies bien plus profondes et pourtant ne pas perdre autant d'hémoglobine. A un moment, il réussit à porter la main à son sac à dos et à en tirer de l'alcool. Il tenta de stériliser sa plaie. En vain, il ne pouvait rien faire pour stopper l'hémorragie. Il perdait de sa vitalité minute après minute et la souffrance était de plus en plus atroce. Cette souffrance n'en finissait pas, il baignait désormais dans une flaque de sang d'une superficie irréelle. Pendant plusieurs jours, il crut même qu'il allait mourir. Une toute petite voix dans sa tête lui conseillait d'ailleurs de mettre fin à ses jours. Malgré une douleur inhumaine, il réussit à la faire taire.
Puis soudain, sans prévenir, le flot de sang commença à se faire de plus en plus mince. La souffrance se fit de plus en plus supportable. Et alors l'hémorragie s'arrêta enfin. Après plusieurs jours sans perte de sang, l'homme réussit - dans la douleur - à se relever. Ca y est, le blessé était debout. Il était debout et la haine, la rage, la niak, l'envie prirent alors la place de la souffrance.
Le meurtri se rafistola alors quelques pansements de fortune puis se construisit des béquilles. Et il reprit sa marche. Mais désormais, sa marche n'était plus tranquille et enjouée. Il ne s'amusait plus à détailler les papillons et différentes pierres ornant son chemin. Sa marche était certes toujours lente mais elle était maintenant obstinée, colérique, vengeresse même.
Au fur et à mesure, il se mit à marcher de plus en plus vite, effaçant la douleur. Sa marche se fit plus ordonnée, plus travaillée, plus réfléchie, plus ferme, plus énervée. Il voulait atteindre l'objectif de son voyage en donnant toutes ses forces s'il le fallait, même s'il avait maintenant compris que l'objectif de son voyage était tout aussi dénué de sens que le voyage lui-même.
Sur son chemin il rencontra alors à nouveau les marchands de morts. Sans aucune once d'amertume ni d'indulgence, il les éjecta de sa route avec fermeté. Puis des petits malfrats tentèrent à nouveau de l'approcher : ils n'en furent pas mieux remercier. Quelques péripatéticiennes l'abordèrent alors et sa seule réponse fut une ignorance sans équivoque. Enfin, des saltimbanques vinrent tenter de l'amuser. Le nomade les remercia avec amitié mais leur déclara qu'il avait un voyage à terminer et qu'il reviendrait jouer avec eux à l'arrivée.
La douleur baissait progressivement. Notre voyageur réussit même à retirer ses chauds vêtements et sa robuste paire de chaussures. Il les mit à son tour dans son sac. Tout en luttant vaillamment contre pluies et vents pour atteindre le but de son voyage, notre voyageur se remit à écrire. Il n'oubliait certes pas les petits plaisirs du chemin de la vie mais il savait qu'il se devait d'en éviter certains. Surtout il ne voulait plus être un randonneur passif, lâche et amusé. Il voulait être le meilleur des randonneurs, le plus fort, le plus courageux. Il ne comptait plus demander à personne comment poser telle tente ou comment éviter telle nuée d'insectes. S'il voulait avancer c'était uniquement grâce à sa puissance de marche et son indépendance.
Pour cela, il apprit à se protéger des maladies, à faire du feu, à bricoler des outils utiles à sa marche. Bref il apprit tout ce qu'il put. Il voulait savoir tout faire pour pouvoir être fier de son chemin parcouru en totale indépendance.
Alors désormais, tout en marchant la tête haute, fier, il gardait toujours en tête ce petit espoir qu'un jour peut-être il retrouverait une demoiselle aussi jolie et sérieuse que son ancienne compagne. Pour, qui sait, faire peut-être un petit bout de chemin avec elle. Mais il savait que cette fois-ci, s'il lui découvrait des ongles trop longs, il aurait le courage de changer de chemin avant qu'il ne soit trop tard.
Que ce soit les attaques ou les maladies, tout en écrivant avec art sur celles-ci afin de les éradiquer, il taillerait désormais sa route avec rage et détermination pour également les éviter...


Jey Are - 2011 - Chroniques d'un ancien rêveur devenu réaliste

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