Désorienté
Le nombre de témoignages (que ce soit sur le web ou parmi mes proches) est croissant et plutôt hallucinant.
Maeva, meilleure de sa classe au baccalauréat littéraire. Tête de sa promotion en licence cinéma et audiovisuelle (17 de moyenne). Se rêvait grande réalisatrice. Elle finira monteuse au sein d'une boîte de films institutionnels pour un salaire net de 1500 euros et elle continuera à faire des films amateurs dans son jardin.
Lucien, bac scientifique, trois ans de licence d'histoire par passion. Problème : il ne veut pas finir professeur. Il deviendra ébéniste après une réorientation.
Rachid, bac scientifique également. Il entame un an en médecine : sans succès. Il réessaie : il rate à nouveau. Il entre alors en L1 Pharma : nouvel échec... En désespoir de cause il se réoriente en BTS bâtiment.
Jules, après trois ans en sciences de la matière, se rend compte de la réalité de son futur métier. Cloitré dans un laboratoire, il ne peut pas s'y résoudre et de toute manière, malgré le travail fourni, n'arrive pas à obtenir les notes voulues en master. Il deviendra CRS.
Laurine, un bac scientifique obtenu avec la mention très bien, a pour passion le journalisme. Après trois ans d'études, elle réussit à être embauchée en tant que JRI pour une chaîne locale. Salaire net : 1159 euros. Et encore quand le patron la paie en temps et en heures... Six ans plus tard elle y est encore faute d'un milieu bouché.
(Les noms ont été modifiés afin de conserver l'anonymat)
Lucien, bac scientifique, trois ans de licence d'histoire par passion. Problème : il ne veut pas finir professeur. Il deviendra ébéniste après une réorientation.
Rachid, bac scientifique également. Il entame un an en médecine : sans succès. Il réessaie : il rate à nouveau. Il entre alors en L1 Pharma : nouvel échec... En désespoir de cause il se réoriente en BTS bâtiment.
Jules, après trois ans en sciences de la matière, se rend compte de la réalité de son futur métier. Cloitré dans un laboratoire, il ne peut pas s'y résoudre et de toute manière, malgré le travail fourni, n'arrive pas à obtenir les notes voulues en master. Il deviendra CRS.
Laurine, un bac scientifique obtenu avec la mention très bien, a pour passion le journalisme. Après trois ans d'études, elle réussit à être embauchée en tant que JRI pour une chaîne locale. Salaire net : 1159 euros. Et encore quand le patron la paie en temps et en heures... Six ans plus tard elle y est encore faute d'un milieu bouché.
(Les noms ont été modifiés afin de conserver l'anonymat)
Les français ont été désorientés... en masse.
Pour que cela ne devienne pas la majorité, le conseiller d'orientation doit avoir beaucoup plus de poids au sein de son établissement. Dans le secondaire, le premier choix d'orientation se fait à la troisième. On envoie les meilleurs en lycée général et les moins bons dans les filières techniques. Bref les notes comptent. Les envies de l'élève ? Peu importe...
Un très bon élève de collège peut se rendre compte au bout d'une dizaine d'années que les métiers de réflexion, les métiers qui le cantonnent à un bureau, un ordinateur et une chaise ne lui conviennent nullement et ne l'épanouissent sur aucun point. Mais il est entré en lycée général, il a fait un bac ES ou S et y était donc destiné.
"Il n'avait qu'à réfléchir avant de s'orienter en lycée général puis en bac ES ou S !" me diront certains. Ne serait-ce pas oublier l'insouciance d'un enfant de 14-15 ans ? Ne serait-ce pas nier qu'une très grande partie des adolescents n'ont -au mieux- qu'une très vague idée du monde du travail ? Ne serait-ce pas négliger que le travail fourni par les élèves n'est pas toujours celui qu'il pourrait fournir réellement s'il le voulait ? Ne serait-ce pas omettre que ces jeunes savent, mais ne tiennent bien souvent pas compte, qu'ils devront travailler pendant 40 années de leur vie, et ce non pas par manque d'intelligence ou de volonté mais tout simplement de maturité ?
Le stage en entreprise institué en troisième doit premièrement devenir obligatoire. Mais ce n'est qu'un premier pas. Ce stage devrait également avoir lieu en classe de quatrième voir même être doublé au cours de l'année et ce dans différents secteurs/corps de métier.
Les entreprises et services publics ne peuvent qu'en être bénéficiaires (main d'œuvre gratuite, non qualifiée certes, mais gratuite, même si ces "petits stagiaires" doivent être surveillés vu leur jeune âge).
Mais le stage n'est pas la seule aide qui doit être apporté à ces futurs travailleurs en ce qui concerne leur orientation future.
Le conseiller d'orientation doit avoir beaucoup plus de poids au sein de son établissement. De deux à trois rendez-vous obligatoires devraient être institués en classes de troisième afin de rendre compte de la réalité. Parce qu'il y a théorie d'un métier et le pratiquer pendant quarante années et ue c'est là que réside la grande problématique d'un éventuel épanouissement dans son travail (si tenté que cette notion ait un sens). Il faut donc que les filières techniques ne soient plus autant dévalorisées et des questions doivent mieux apparaître."Sais-tu qu'en t'engageant en voie générale, tu es quasiment obligé de devoir faire des études supérieures (hormis exceptions) pour pouvoir obtenir un job vraiment rémunérateur ?" Et oui certains enfants peuvent l'oublier.
"Sais-tu qu'en t'engageant dans la voie de l'apprentissage, tu peux te risquer à un bas salaire en début de vie active ?" Idem.
"Ne penses-tu pas être prêt à travailler beaucoup plus tes cours et devoirs pour obtenir plus tard un métier plus rémunérateur ?"
Voici quelques exemples des questions à poser à l'élève pour qu'il prenne beaucoup plus au sérieux son orientation. A cet âge, la vie est pour beaucoup encore qu'un jeu et non pas un combat...
Ces rendez-vous devraient se multiplier en seconde et en terminale en ce qui concerne la voie générale. Pour l'orientation post-bac notamment. Je prends ici les exemples cités plus haut. A 17 ans, beaucoup de jeunes n'ont toujours pas la maturité nécessaire pour se rendre compte de la réalité du milieu dans lequel ils se précipitent parfois bille en tête.
En faisant une université ou école de cinéma, il n'y a que très peu de chances que tu gagnes plus de deux milles euros nets mensuels. La probabilité que tu arrives à vivre en réalisant tes propres films de fiction est très proche du zéro. La probabilité que tu finisses monteur ou régisseur et de plus intermittent sur des téléfilms de mauvaises qualités est beaucoup plus proche du un. L'intermittence, quel beau rêve de rémunération !
Tu veux faire médecine car tu rêves de gagner des sommes proches de la dizaine de milliers d'euros. N'oublie pas que seuls 16%¹ des candidats réussissent leur première année et qu'ouvrir son propre cabinet est un exercice dangereux notamment en région parisienne. Il faut faire ce métier plus par passion que par amour du gain.
Tu te vois grand magistrat ? Le taux de réussite au concours est d'environ 8 à 12%² .
Alors oui, ce conseiller d'orientation jouera le rôle du grand méchant qui brisera peut-être les rêves des petits jeunes futurs titulaires du baccalauréat mais il sera la voix de la raison. Ceux-ci qui décideront de faire telles ou telles études accepteront par avance de ne pas forcément réussir à atteindre leurs rêves mais de devoir peut-être se cantonner à des métiers moins rémunérateurs ou moins prestigieux. Ou alors ils affirmeront être satisfaits de ces dits-métiers. Alors là, l'élève partira sur le bon chemin.
Ce chemin mêlant rêve et réalisme.
Pour toutes ces raisons et bien d'autre encore, le gouvernement doit agir. Agir pour que ne se répètent pas ces années gâchées par des jeunes français (parfois deux à trois mois, parfois cinq ans, parfois toute une vie...).
(1) http://www.letudiant.fr/etudes/fac/medecine--reussir-pcem1/les-resultat-de-pcem1-fac-par-fac.html
(2) http://juris.canalblog.com/archives/professions_juridiques/index.html
Jey Are - 2011 - Chroniques d'un rêveur réaliste
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